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28 octobre 2014 2 28 /10 /octobre /2014 06:57

Les abominations auxquelles se livre Daech en Irak et en Syrie posent encore une fois la question du lien qui existe entre la religion et la violence organisée. On peut logiquement se demander si l'Islam a une affinité particulière pour de tels actes. Etant donné que les militants de Daech et d'al-Qaïda se disent salafistes et se définissent comme des fondamentalistes fanatiques chargés de purifier la communauté des croyants musulmans, l'oumma, en exterminant les faux-croyants et leurs alliés infidèles (sans oublier les hérétiques), nombreux sont ceux qui estiment que la religion mène à la violence, voire l'encourage.

Ce dernier point est particulièrement pertinent au vu de l'actualité. L'argument est néanmoins spécieux. Il suffit de se pencher sur l'histoire de l'humanité pour constater que les militants de toutes les religions ont commis des atrocités au nom de leurs croyances. Les Croisés ont célébré la prise de Jérusalem en massacrant les Musulmans et les Juifs de la ville, après un hiver particulièrement rigoureux ayant entraîné la pratique du cannibalisme.

Plus tard sont venus les autodafés, le massacre des Cathares, etc. Les Israélites ont tué tous les hommes, femmes, enfants et animaux de Jéricho sur ordre de leur dieu, Yahvé, et se sont rendus coupables d'autres actes monstrueux, persuadés de faire partie du Peuple élu (Deutéronome 6:21). La grande tradition humaniste universelle du judaïsme n'est apparue que bien plus tard, et s'est exprimée pleinement chez les Pharisiens au début de notre ère. Jésus lui-même était l'incarnation d'une branche radicale de la théologie pharisienne. Après tout, ce Juif adressait à d'autres Juifs un message d'amour universel.

Mêmes les bouddhistes n'ont pas hésité à manier le sabre à l'occasion, comme en témoigne l'histoire de la Birmanie et du Sri Lanka et, au XVIIIe siècle, la destruction totale de la capitale bouddhiste d'Ayutthaya, en Thaïlande, perpétrée par les bouddhistes birmans. Les Hindous ont, eux aussi, commis bien des abominations lors de la partition de l'Inde et du Pakistan en 1947 et des émeutes communautaristes que cette partition a entraînées, dont les dernières ont eu lieu en 2002 à Gujarat. Nous ne devons pas non plus oublier que les attentats suicides, symboles du terrorisme moderne, ont été inventés par les Tigres tamouls, qui en ont commis des centaines - dont celui, perpétré par une femme, qui visait le Premier ministre indien, Rajiv Gandhi - en raison du soutien de l'Inde à la répression de la rébellion tamoule par le gouvernement bouddhiste du Sri Lanka*.

Il serait tentant de décerner le titre de « religion la plus meurtrière ». En vérité, cet exercice nous détourne d'une question plus fondamentale. En l'occurrence, celle de savoir si c'est l'adhésion à une doctrine religieuse qui en motive certains à s'en prendre aux non-croyants, ou bien si ceci est la conséquence inévitable de toutes les idéologies dogmatiques et doctrinaires. La religion peut être assimilée à une sous-catégorie des idéologies belliqueuses qui prennent parfois un caractère séculaire. Le XXe siècle a été le témoin des effets dévastateurs de telles idéologies séculaires (et même antireligieuses) comme le nazisme ou le communisme de Lénine, Mao ou Pol Pot. Le nationalisme est, lui aussi, une idéologie dont les partisans n'hésitent pas à recourir à la violence. La distinction fondamentale entre « nous » et « eux » favorise les traitements les plus horribles réservés à ceux qui sont différents. Notre humanité commune s'avère impuissante face à une idéologie qui s'empare des dualités « nous/eux » et « bien/mal ».

Ces mouvements séculaires ont quelques points communs.

· Ils suscitent une fidélité à toute épreuve de la part de la communauté de croyants ou d'adeptes.

· Ils fondent l'individu dans un mouvement collectif qui lui dicte le comportement à adopter et teste régulièrement sa loyauté.

· Ils éveillent des sentiments liés à la sacralité sans faire référence au surnaturel.

· Ils élèvent l'agressivité au statut d'interaction privilégiée.

Le fascisme était une idéologie politique qui transcendait les frontières religieuses et culturelles. Les partis baasistes irakien et syrien en étaient des exemples résolument séculaires et explicitement antireligieux. Aucun des crimes de Saddam n'a été commis au nom de l'Islam. Oussama ben Laden et lui se détestaient (contrairement aux illusions intéressées de l'ex-vice président des Etats-Unis, Dick Cheney). Sans oublier les hybrides, qui combinent nationalisme, fascisme et religion, dont la Phalange espagnole reste l'un des exemples les plus frappants. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les Croix fléchées hongroises, la Garde de fer roumaine, les Oustachis croates et la Garde Hlinka slovaque se sont livrées à de multiples exactions. La Garde de fer était composée de Chrétiens orthodoxes. Quant aux autres, ils étaient férocement catholiques : le président slovaque, le prêtre Jozef Tiso, avait défié le pape et se montrait particulièrement zélé pour envoyer les Juifs en camp d'extermination. Plus près de nous, les Phalangistes libanais sont un exemple de ce type d'idéologie.

Les identités nationalistes exacerbées ont donc pris un caractère sacré, tout en qualifiant de maléfiques les autres communautés religieuses à portée de main, brutalement sacrifiées sur l'autel des divinités tribales. Les idéologies religieuses et séculaires (à l'exception du nazisme et du fascisme) ont un autre point commun de taille : elles promettent un avenir glorieux à leurs adhérents. Dans le cas des grandes religions universelles -- et du communisme --, la promesse est étendue à l'ensemble de l'humanité. Les premières mettent l'accent sur un au-delà paradisiaque, le second promet le Paradis sur Terre. La plupart des religions diffusent également un message bienveillant, pacifique et constructif censé soulager nos souffrances terrestres même si la récompense ultime se trouve dans l'au-delà. Ceci implique de suivre un code de conduite, qui compte tout autant que la foi et la croyance, condamnant la violence entre individus, entre autres formes de maltraitance.

Le contraste entre un code moral qui abjure la violence tout en traçant une ligne très nette entre la communauté des croyants et le reste de l'humanité génère des contradictions qui n'ont jamais été résolues de manière satisfaisantes. Pour les Chrétiens, la parole de Jésus semble désavouer le recours à la guerre et à tout type de violence. Ce n'est pas ce qui s'est passé dans les faits, où les nécessités politiques ont pris le dessus sur les impératifs de l'éthique individuelle (« rendre à César » ne se limitait pas au paiement d'un impôt). En outre, l'institutionnalisation du Christianisme au sein d'une Eglise hiérarchisée et extrêmement disciplinée a mélangé le temporel et le sacré de manière irrévocable. Au niveau théologique, le fait que les Chrétiens acceptent l'Ancien Testament comme étant d'inspiration divine implique de réconcilier le tempérament de Yahvé et la religion de Jésus le pacifique. Si l'on s'en tient au commandement « A moi la vengeance, à moi la rétribution, dit le Seigneur » (Romains 12:18), force est de constater que l'Eglise s'est autoproclamée première sous-traitante de Dieu le Père.

L'inclusion officielle du Livre des Révélations au début du Ve siècle a littéralement inscrit l'idée de domination et d'extermination dans le Nouveau Testament. Ecrit par un Juif exilé, Jean de Patmos, il accordait le statut d'Evangile aux épouvantables visions apocalyptiques des prophètes hébreux. La boucle est aujourd'hui bouclée puisque les Evangélistes de l'Amérique profonde, comme le dominioniste Ted Cruz, voient dans l'attaque israélienne sur les Palestiniens musulmans, Opération Bordure protectrice, le signe de l'Apocalypse - annoncée par un Juif de l'Antiquité - et du retour du Christ rédempteur (au Jugement dernier, les Juifs récalcitrants et ceux qui ont rejeté le Christ seront détruits par le feu et le soufre). Jésus, après tout, est la version latinisée du Josué qui avait conquis Jéricho. Jean pensait que Jésus était le messie tant attendu, venu sauver le peuple juif et détruire l'oppresseur romain et tous les impies. Au Jugement dernier, ceux qui auront « vaincu » pourront s'asseoir auprès du Fils de Dieu sur son trône (Apocalypse 3:14-22).

Les textes sacrés islamiques ont hérité de ces contradictions transmises par les gens du Livre, dans compter celles que l'on relève dans le Coran et le Hadith. On y trouve la justification de toute une série d'actions violentes ou concernant le traitement des croyants et des non-croyants, depuis les plus bénignes jusqu'au plus pernicieuses.

***

Prenons un peu de recul. Si l'on étudie l'histoire du XXe siècle, on constate que des idéologies séculaires ont tué des dizaines de millions de personnes. Un chiffre qui éclipse la somme de toutes les victimes des violences religieuses au cours des siècles. A vrai dire, la religion n'a joué qu'un rôle mineur dans le désordre et les crimes qui caractérisent notre époque. L'idée que nous vivons dans une ère de fanatisme religieux repose sur deux facteurs. Le premier est l'émergence de fondamentalistes radicaux dans le monde musulman, qui se servent de la terreur pour servir leur cause. Le second est la différence radicale entre ce phénomène et le monde sagement prosaïque des démocraties occidentales, libérées des conflits et des guerres ataviques, tout du moins en leur sein. Ces sociétés séculaires sont naturellement enclines à condamner celles où la religion continue à jouer un rôle important, surtout dans le monde musulman. Elles ont du mal à concevoir l'idée même de pensée religieuse. Beaucoup d'Européens ne comprennent pas plus les salafistes que leurs propres ancêtres, ou les Evangélistes extrémistes américains. Ils ne font pas non plus beaucoup d'efforts pour les comprendre.

Après la Seconde Guerre mondiale, l'Europe de l'Ouest s'est affranchie de toutes les idéologies, qu'elles soient religieuses, nationalistes ou politiques. Peu de société manifestent aujourd'hui un tel désintérêt pour la politique. Si l'Amérique de la fin du XVIIIe siècle s'est construite en opposition à l'histoire des autres nations, l'Europe de l'Ouest du milieu du XXe siècle a réussi à se libérer de sa propre histoire. Les bouleversements de la première moitié du XXe siècle ont ouvert la voie à un profond changement dans les modes d'interaction des peuples européens.

Cette libération a nécessité une prise de distance affective, philosophique et intellectuelle avec les éléments de la vie politique qui avaient jusque-là défini l'action publique : au niveau international, les rivalités meurtrières ; en politique intérieure, les conflits idéologiques entre les différentes factions. Les « sociétés civiles » de l'Europe contemporaine (surtout à l'Ouest) se sont transformées. Les régimes politiques de cette nouvelle Europe sont davantage le résultat de soustractions que d'additions politiques. En d'autres termes, c'est parce que les intérêts mesquins et les ambitions sans envergure dominaient la vie publique que les Européens se sont débarrassés de ce qui était susceptibles d'entraver le processus d'intégration. Les passions nationalistes, les idéaux idéologiques, le désir de tracer des frontières en tous genres entre « nous » et « eux » se sont donc taris.

Les populations de ces sociétés « civiles » envisagent leur mode de vie pacifique et matérialiste comme un but en soi. Ce qui explique leur grande difficulté à comprendre le sentiment religieux ou nationaliste (comme dans les Balkans) exacerbé. Le contraste avec les Etats-Unis est des plus instructifs. L'Amérique partage certaines de ces caractéristiques mais elle diffère radicalement par d'autres points essentiels. Dans l'ensemble, les Américains sont plus religieux, et certains sont fondamentalement des salafistes chrétiens : plus ouvertement nationalistes, et n'hésitant pas à faire usage de la violence, dans leur pays ou à l'étranger. Mais ne confondons cause et corrélation.

L'engagement militaire des Etats-Unis est davantage lié à des réalités géostratégiques, et à l'Histoire, qu'au nombre de fidèles dans les Eglises ou au pin's aux couleurs du drapeau américain que portent tous les politiciens. La tolérance envers les conséquences de la guerre (au niveau des pertes américaines mais aussi étrangères) est aussi la conséquence d'une situation unique : le territoire des Etats-Unis n'a jamais été dévasté par des puissances étrangères (sauf en 1813), le pays est habitué à être victorieux, et il a une idée très précise de la mission qui lui incombe. Ce qui lui permet à la fois de parer ses actions de motifs désintéressés et de promouvoir l'idée qu'il est un agent et un modèle de progrès.

Ce mélange unique de caractéristiques nationales génère une tension constante dans la politique étrangère américaine, entre les idéalistes d'un côté et les réalistes de l'autre. A l'ère de la « guerre contre le terrorisme », ces deux visions ont réussi à se renforcer mutuellement pour justifier une stratégie audacieuse d'ingérence hyperactive et multiforme dans des sociétés radicalement différentes, et obtenir le soutien du peuple américain. Concrètement, les Etats-Unis jouent à la fois le rôle d'assistante sociale, de policier, de législateur et d'arbitre. Pour ce faire, ils ont fait énormément de victimes, la plupart innocentes. Ils ont aussi perpétré des atrocités et, dans le cas de leur programme de torture, de manière totalement réfléchie. Pourtant, ces funestes conséquences n'ont pas vraiment de prise sur la conscience américaine. Rien n'est étudié en profondeur. L'image de soi, le sentiment de supériorité morale, la foi dans la justesse des actions entreprises sont restés intacts.

On ne saurait expliquer ce phénomène en termes de conviction idéologique réfractaire à la réalité. En tant que doctrine politique, le sentiment religieux américain, semblable à nul autre, est trop abstrait et éclairé. Les actions douteuses mentionnées ci-dessus ne découlent ni d'une instruction divine ni d'une promesse solennelle. Le nationalisme exerce son influence mais la « destinée manifeste » du pays n'a plus le poids qu'elle avait autrefois. Cependant, ces spécificités américaines ont donné naissance à une conscience collective qui s'est réconciliée avec certains des agissements que nous dénonçons régulièrement chez les autres.

Les contradictions qui perdurent dans l'attitude des Américains envers leur propre usage de la violence organisée sont compensées par deux particularités liées à la façon dont le pays livre ses guerres, et notamment la « guerre contre le terrorisme ». Tout d'abord, en remplaçant le service militaire obligatoire par une armée de professionnels, la guerre et ses conséquences peuvent être maintenues à distance. Il est d'ailleurs possible de ne pas y penser du tout en ne se portant pas volontaire. Ensuite, leur dépendance croissante aux armes de haute technologie modifie leur façon de tuer. Etre aux commandes d'un drone dans un bureau confortable du Nevada n'est pas du tout la même chose que d'égorger un Taliban potentiel aux abords d'un village en Afghanistan. La différence psychologique pour celui qui tue est énorme. De manière générale, la population est affectée différemment. Ceci s'explique en partie par le poids des images. Au cours de la « guerre contre le terrorisme », nous n'avons vu que très peu d'images ou de vidéos des morts ou des blessés, d'un côté comme de l'autre. Le contraste avec la couverture médiatique de la guerre du Vietnam est frappant. Aucune image de torture n'a été publiée, à l'exception de celles, les moins spectaculaires, qui ont été prises à Abu Ghraib. La CIA a détruit la plupart des autres preuves.

C'est pourquoi les images marquantes de décapitation publiées par Daech dans un but de propagande ont un tel impact. L'un de leurs effets est d'assimiler ces actes horribles avec la doctrine salafiste (ce qui est exact) et l'Islam plus généralement (ce qui ne l'est pas). On nous dit que, « pour les Musulmans, tout cela n'a rien d'extraordinaire ». Pourtant, les Américains (Chrétiens et autres) ont tué des centaines de milliers de civils innocents à Hiroshima et Nagasaki. Quelle aurait été la réaction des Musulmans, et des fidèles d'autres religions, si des photographes sur le terrain avaient pu montrer au monde les gens asphyxiés, brûlés et grillés vifs, irradiés ? Nous avons, en revanche, vu les images terribles des morts et des blessés à Gaza, lors de l'offensive de l'armée israélienne, sans que presque personne, dans toute la classe politique américaine, et chez les différentes dénominations religieuses, ne s'en offusque. Y aurait-il une différence morale fondamentale dans la cause au nom de laquelle ces actions ont été perpétrées ?

L'Islam, le christianisme, le judaïsme et toutes les autres religions peuvent influer sur notre comportement, de diverses manières, et dans des mesures différentes. La religion a donc son importance. Mais la responsabilité d'actes criminels ne doit pas incomber à une religion en particulier. Le principal coupable, c'est la nature humaine, au niveau individuel et sociétal. Ou, si vous y tenez, le dieu qui a donné vie à des créatures aussi contradictoires et imparfaites.

__________

* D'après l'Institut international des études stratégiques, les Tigres tamouls sont les premiers rebelles à avoir utilisé des ceintures et vestes explosives dissimulées. L'unité spécialisée dans les attentats suicide s'appelait les Tigres noirs. D'après les documents publiés par l'organisation des Tigres tamouls, les Tigres noirs ont commis 378 attentats suicide entre le 5 juillet 1987 et le 20 novembre 2008. 274 ont été perpétrés par des hommes, et 104 par des femmes.

Directeur associé du Center for Transatlantic Relations, professeur de politique internationale à l’Université de Pittsburgh, Etats-Unis

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20 juin 2014 5 20 /06 /juin /2014 19:02

A l'occasion de la publication du premier rapport annuel de l'observatoire de la laïcité, Rama Yade et Jean-Michel Quillardet se sont entretenus sur tous le grands sujets touchant la laïcité: la république et l'extrême-droite, l'islam, le mariage pour tous.

Rama Yade: Mon grand étonnement est que la laïcité est brandie par Marine le Pen. Comme si elle apparaissait comme la grande défenseure de la laïcité. Et je me dis sans doute que c'est un échec pour nous les républicains. C'est la question que je me pose: qu'est-ce qui s'est passé pour qu'on en arrive là et comment peut-on opérer la reconquête? C'est l'idée que j'aimerais porter: la reconquête de nos valeurs. Les républicains et surtout les radicaux étaient tout de même à l'origine de ce combat. La laïcité est profondément d'actualité et offre une clé pour résoudre les problèmes de la société.

JMQ: Effectivement c'est un échec pour tous les républicains et tous les laïcs. C'est extrêmement gênant vu que beaucoup de médias lui donnent la parole sur ces sujets et beaucoup d'électeurs non-Front national se reconnaissant dans la laïcité votent aussi pour elle parce qu'elle développe ce discours républicain, républicaniste et laïc. Mais ce qu'il faut bien opposer au Front national c'est que c'est une fausse laïcité: Marine le Pen ne devient laïque que quand elle rencontre un musulman et elle se sert de la laïcité pour lutter contre "l'arabisation de la France", la défense de la civilisation française et aussi à partir de là pour chasser les immigrés. C'est un intégrisme chrétien, vu que lorsqu'il y a atteinte à la laïcité, par les cultes catholiques, Madame le Pen ne bouge pas. Il faut que nous les républicains reprenions la bonne définition de la laïcité. La laïcité n'est pas contre l'Islam, contre la religion. La laïcité essaie justement de faire vivre le peuple ensemble dans sa diversité et dans ses différences, sans qu'on ne les oppose les unes aux autres.


JMQ:
 Sur le retour du religieux, il est incontestable aussi qu'il y a trente ans les jeunes immigrés musulmans avaient une pratique de l'Islam tout à fait modérée: on ne revendiquait pas le voile, les cantines scolaires. C'est vrai qu'il y a eu une évolution extrêmement rapide due aux conditions économiques et sociales. L'ascenseur social n'a pas fonctionné. A l'origine de cet islam un peu affirmé, sans être intégriste et trop affirmé dans l'espace public il y a une revendication sociale qui est devenue une revendication identitaire de gens qui ne se reconnaissent plus dans la République.Rama Yade:
 Le discours anti-religieux porte. A l'époque c'était contre le catholicisme, aujourd'hui c'est contre l'islam: sur le plan des cantines scolaires, les femmes qui refusent d'ôter le voile, les femmes qui refusent de serrer la main du médecin, enfin les prières de rue. De tout ces sujets, nous aurions du nous saisir en tant que laïcs sans être soupçonnés de xénophobie pour répondre au retour de la question religieuse dans la société française. Il s'avère que cela tombe sur l'Islam car un certain nombre des derniers immigrés sont aussi musulmans et la question que je me pose est pourquoi la main des républicains a tremblé dans les années 1980 lorsqu'il a fallu poser les limites de la laïcité face à cette résurgence et pourquoi n'avons-nous pas démontré une des nombreuses forces de la laïcité: un outil de l'émancipation des femmes ?

Rama Yade:Les républicains étaient peut être trop faibles aussi.

JMQ: Sur cet aspect, il y a à mon avis deux courants politiques qui traversent la vie française et de manière transversale. Il y a un courant républicaniste, laïc très fort, très ferme et il y a un courant pour une laïcité plus ouverte, plus plurielle qui a peur de stigmatiser. Si on prend comme exemple l'affaire du voile à Creil, Lionel Jospin qui demande un avis au Conseil d'Etat qui à son tour donne un avis de "gérons ça au cas par cas". Le seul, et il va bien falloir le reconnaitre plus tard, à régler la question c'est Chirac en disant qu'il fallait une loi. Seule une loi républicaine, ferme et définitive a fonctionné.

Rama Yade: Quelques années plus tard c'est le niqab qui revient comme si le mouvement au lieu de se tarir s'était renforcé. Au fond ce qui me frappe, c'est qu'il ait eu recours à une loi. Pourquoi ne nous sommes-nous pas simplement contentés d'un règlement intérieur inspiré de la circulaire Jean Zay [du 31 décembre 1936 et du 15 mai 1937- FS]. On s'en lave les mains en disant qu'au final c'était aux juges de décider et donc on juridicisait tout.

JMQ: A l'époque c'était effectivement la position de Jospin et une partie de la gauche, mais certains ont dit aussi que les circulaires, le Conseil d'Etat, le règlement intérieur ça ne suffisait pas, il faut effectivement qu'il y ait la force symbolique de la loi. Ceux qui ont demandé cette loi sont justement dans cette pratique républicaine. Lionel Jospin était partisan d'une laïcité au coup par coup et les chefs d'établissement ont dit non. On a fait la commission Stasi et elle a proposé la loi qui a été votée. Et cette loi ne doit pas être mise en cause comme ça a été le cas dans le rapport sur l'intégration remis à Jean-Marc Ayrault. Il faut être très vigilant là-dessus. Donc la force symbolique de la loi.

Rama Yade: Je pense qu'il y a une idée de générosité derrière. Du coup, ils affaiblissent la République avec l'idée que ces populations sont tellement victimes, persécutées qui plus est dans un monde mondialisé, qu'il faut les laisser affirmer leur identité comme signe de respect. Il y a un autre élément je pense, c'est le 11 septembre 2001. Les musulmans sont accusés par le monde entier alors que la quasi-totalité n'avait rien à voir avec Al-Qaïda. Le fait qu'ils étaient pointés du doigt a pu provoquer un repli sur soi et donc une affirmation identitaire. Vous avez ce repli-là qui s'ajoute à l'humiliation due à l'échec du modèle républicain. Les identités humiliées se renforcent toujours.

JMQ: Je suis d'accord. C'est l'échec de la politique d'intégration. Je pense effectivement qu'on ne lutte pas suffisamment contre les discriminations. Le problème de la laïcité, c'est qu'il faut tenir compte effectivement de cet aspect-là pour éviter que les dispositions qui vont être prises puissent être perçues comme discriminantes envers une partie de la population. Nous sommes dans cet équilibre difficile. Regardez le phénomène des grands frères.

Rama Yade: Les grands frères c'est aussi une tradition bien française, ils servent d'intermédiaire là ou la République n'a pas su aider et en reprenant le phénomène on a entériné l'échec. On utilise les grands frères pour avoir la paix sociale comme s'il était impossible pour la République d'aller dans ces territoires pour mesurer et traiter les problèmes. La République peut être généreuse, elle peut offrir l'école gratuite, des prestations sociales, mais la contrepartie est : pas de distinction d'origine, de race, de religion et respect des valeurs républicaines. Ce manque de fermeté est à l'origine de nombreux problèmes que les populations ont bien senti. Quand on parle du port du voile, de mariage forcé, d'excision, on ne peut pas dire qu'on ignorait ce problème. C'était connu, mais on était effectivement dans cette idéologie d'affirmation de la différence pour des raisons de complexe postcolonial tout simplement..Mais de fait on a entravé la cohésion nationale.

JMQ: Ça a été plus loin puisque dans les émeutes des banlieues de 2004, c'était de Villepin qui était Premier Ministre, on assuré la paix sociale non seulement avec les grands frères mais aussi avec les imam. On a été les chercher pour qu'ils calment les jeunes. A partir de là, c'est la défaite de la République. Je suis entièrement d'accord sur ce constat. Alors, quoi faire maintenant? On, je dis on, je ne représente pas, mais il y a pleins d'associations de défense de la laïcité. On ne nous entend pas!

Rama Yade: Si! Mais elles sont à l'extrême-droite. Et on y trouve des gens de gauche. Regardez riposte laïque.

JMQ: Oui, mais nous les associations, même le Grand Orient a du mal à se faire entendre parce que la presse, les médias donnent la parole toujours aux extrémistes et quand on essaie d'expliquer ce qui est vraiment la laïcité et d'avoir un discours ferme, on ne nous donne pas la parole. La vraie question de la laïcité est qu'il faut absolument intégrer un certain nombre de populations dans la compréhension des valeurs des Lumières. On a du mal à faire comprendre qu'on souhaite défendre des valeurs qui sont universelles. Toute la question c'est l'intégration et je crois aussi la formation, l'éducation et l'enseignement.

Rama Yade: Et l'idéologie multiculturaliste!

JMQ: Et l'idéologie multiculturaliste qui dit très clairement qu'il faut tenir compte des communautés d'appartenance dans l'organisation de la société française. Les multiculturalistes sont beaucoup plus présents dans les médias, écrivent beaucoup plus de livres que nous les défenseurs de la laïcité républicaine.

Rama Yade: Vous disiez que vous êtes dans une forme de modération. Est-ce que la vocation de la laïcité c'est la modération? Rappelez-vous, le combat initial, c'était violent.

JMQ: Quand j'ai dit modéré, c'est qu'aujourd'hui les circonstances sont différentes. Si on adopte aujourd'hui un discours radical sur la laïcité, ça risque de nous revenir en boomerang. Le mariage pour tous, ça a quand-même été la remontée des religions. En 1984 contre la grande loi du service public, on lui retirait un droit. Là, on offrait un droit à tous, mais ni les catholiques ni les musulmans n'étaient obligés de le faire. On a eu dans la rue le conglomérat de la religion catholique et de l'islam pour s'opposer à un droit qu'on accordait à un autre citoyen. Il y a eu une montée du radicalisme dans les deux religions.

Rama Yade: Lors du mariage pour tous, on a vu deux phénomènes: à la fois une inquiétude de la part des manifestants de la remise en cause du modèle de famille traditionnel et puis, de l'autre côté, des mouvements qu'on croyait disparus depuis un siècle qui ont profité pour resurgir rappelant que la France catholique était toujours là. Il y avait un parfum de revanche de ceux qui finalement avaient été vaincus par l'histoire. C'est-à-dire l'histoire d'une République laïque. Il y a eu une alliance, alors que ces deux populations se considéraient comme adversaires sur le plan politique. Les musulmans plutôt à gauche, protégés par la gauche, les autres se situant plutôt à l'extrême-droite font soudainement alliance. Ce qui a été possible pour eux, doit l'être aussi pour les laïcs qui sont un petit peu éparpillés partout. La Laïcité, elle libère aussi! Par exemple en matière égalité hommes-femmes, elle libère les femmes d'une certaine tradition patriarcale. Je crois que le combat égalité hommes-femmes doit aujourd'hui, dans sa version moderne, être repris par les laïcs.

JMQ: Je suis entièrement d'accord, la laïcité, c'est la libération de la femme. La laïcité, c'est une liberté. Une liberté pour tous. Ça c'est le discours qu'on doit tenir. La laïcité ne doit plus être présentée comme un concept qui exclut, mais qui inclut et qui libère les hommes et les femmes et plus particulièrement les femmes de chaînes ancestrales. Je crois à l'éducation à la laïcité.

Rama Yade: L'enseignement est un domaine où la laïcité a une actualité très forte car on explique souvent qu'il est impossible d'enseigner certains passages de l'histoire alors qu'on devrait pouvoir privilégier ceux qui nous rassemblent et pas ceux qui nous séparent. Dès que vous introduisez des débats de société, vous clivez les classes scolaires.

JMQ: Oui, il faut effectivement rassembler à l'école. C'est l'objet d'ailleurs de la charte de la laïcité. J'ai participé à la rédaction de cette charte. Je pense que la charte dit très clairement les choses. L'enseignement n'a effectivement pas à porter atteinte à la conscience de l'enfant, mais il doit exprimer la pluralité du monde et de la pensée.

Rama Yade: C'est très important parce que ce n'est pas forcément un instrument qui vous aliène, qui vous détourne de ce que votre famille vous enseigne, c'est au contraire un instrument qui vous donne les outils...

JMQ:... pour sa propre libération!

Rama Yade: Oui, pour sa propre libération.

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17 mars 2014 1 17 /03 /mars /2014 12:52

Marc Blondel est mort, à 75 ans. Il fut initié au GODF il y a cinquante-trois ans, en 1961, dans la loge parisienne l’Avant Garde Maçonnique, alors que le Vénérable Maître est Fred Zeller, qui deviendra Grand Maître.

« C’est une figure historique du syndicalisme, porteur d’indépendance vis-à-vis des partis politiques, réagit Daniel Keller, Grand Maître du GODF. Militant républicain, débatteur maçonnique de grande qualité, il témoignait de sa profonde fidélité pour le Grand Orient. » Le dignitaire se souvient l’avoir reçu fin 2013 Rue Cadet comme président de la Libre Pensée.

Il y a trois ans, j’avais rencontré Marc Blondel afin qu’il me raconte son entrée en Maçonnerie. C’est en 1960 qu’il rencontre Fred Zeller pour parler de la Guerre d’Algérie. « Nous mangions ensemble tous les samedis, Rue Saint-Louis en l’Isle, pour débattre de politique, jusqu’au jour où il me dit : « Il y a la politique, le syndicalisme… et la réflexion philosophique. » Je l’ai envoyé balader. Pour moi, la Franc-Maçonnerie, c’était la collaboration de classe et les bouffeurs de curés. Comme Fred est revenu à la charge, j’ai fini par donner mon accord.« 

Fils spirituel de Fred Zeller

Fred Zeller est devenu Grand Maître du GODF de 1971 à 1973. Il est mort en 2003. « Zeller disait que j’étais son fils spirituel, me racontait Blondel. Ce n’est pas pour rien que je suis président de l’Association des amis de Fred Zeller.« 

Marc Blondel m’a confié n’avoir pas fréquenté les Hauts Grades et avoir refusé de monter au Conseil de l’Ordre : « Si j’y étais allé, je n’aurais pas pu prendre la succession d’André Bergeron à la tête de la CGT-FO, en 1989.« 

Co-fondateur de la Loge République

Autour de Patrick Kessel (qui deviendra Grand Maître en 1994-1995), Marc Blondel a été co-fondateur de la Loge République, avec Henri Caillavet, célèbre parlementaire mort en 2013 à 99 ans, et Francis Szpiner, avocat chiraquien. Créée le 16 mai 1992, la loge République correspondait bien à son idéal laïque et républicain. « Affilié à République, Marc Blondel venait en tenue de temps en temps, confie le Vénérable Philippe Foussier, membre du Conseil de l’Ordre. Mais je le voyais plus souvent dans le cadre du Comité Laïcité République. » (CLR a aussi été créé par Patrick Kessel)

Dans L’Express, le 27 avril 2011

Marc Blondel adorait la franc-maçonnerie comme école du « savoir » et du « comprendre« . Il s’y sentait sans doute plus à l’aise qu’au PS, dont il avait la carte, mais avec lequel il n’était pas toujours d’accord. La franc-maçonnerie fut donc sa grande passion. Le GODF en particulier. Avec une petite réserve récente, son désaccord sur la mixité. « L’ouverture du GODF aux femmes, ça ne m’intéresse pas, me confiait-il, en précisant que sa femme est une sœur du DH. Je suis pour l’égalitarisme, pas pour le féminisme. » Blondel avait du caractère, un caractère parfois rugueux. Mais c’était avant tout un homme de convictions fortes.

Article de François Koch sur l'Express

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20 février 2014 4 20 /02 /février /2014 07:43

Je suis heureux de la décision du président Hollande d'honorer ces 4 personnalités qui ont été des résistants  volontaires, efficaces.

Ces 4 personnes sont l'honneur de la France contre le joug nazi et la collaboration.

En cette période où les cagoulards, les nazis redressent la tête, ces 4 personnalités démontrent que notre France a de la ressource.

 

Ecrits de Gérard Contremoulin :


Genevièce Anthonnioz - De Gaulle, s'engage dès juin 1940 au sein du réseau de résistance "Défense de la France" et réalise de nombreuses actions de renseignement. Elle sera déportée au camp d'extermination de Ravensbruck le 2 février 1944.

Sa rencontre avec le père Joseph Wrezinski, fondateur "d'Aide à toute détresse", misère et détresse qu'elle a connu en déportation, la conduit à accepter la présidence d'"ATD Quart-Monde".

Elle est Grand-Croix de la Légion d'Honneur.

 

Pierre Brossolette, Compagnon de la Libération, a choisi de profiter d'un moment d'inattention de ses bourreaux pour se défenestrer plutôt que de risquer de céder sous la torture et révéler les identités de ses camarades de résistance.

Il repose au funérarium du cimetière du Père-Lachaise. Mais il n'est pas possible de savoir exactement dans quelle urne funéraire ! Case 3913 ou 3920... Deux urnes pour deux résistants, Pierre Brossolette et François Delimal, deux cases anonymes...

On peut difficilement faire mieux pour organiser l'impossibilité de célébrer sa mémoire ! Son entrée au Panthéon l'efface... 

 

Germaine Tillion, entre dans la résistance dès juin 1940 et devient responsable de la filière d'évasion des prisonniers politiques (1941-1942). On lui reconnaîtra le grade de commandant en 1945. Son action est homologuée sous le nom de Groupe du Musée de l'Homme. Elle est en contact avec d'autres réseaux comme Combat zone Nord et le réseau Gloria.

Elle est déportée le 21 P0ctobre 1943 à Ravensbruck.

A la Libération, elle entreprend de rassembler les archives sur l'histoire du camp de Ravensbruck puis s'intéresse à la situation des "clochardisés" en Algérie. Elle entreprend de mettre en place des "centres sociaux" comme réponse. La guerre et la généralisation de la torture viendra interrompre son action. Elle s'engagera dans le combat de dénonciation de la torture. Et jusqu'en 2004 où elle la dénoncera en Irak.

Elle meurt le 19 avril 2008 à l'age de 101 ans ! 

Elle est Grand-Croix de la Légion d'Honneur et de l'Ordre National du Mérite.

 

Jean Zay, ministre du Front Populaire, grand amateur d'émancipation humaine et de Culture, doué d'un sens inné de la pédagogie, il jette les bases de multiples projets dont certains sont toujours d'actualité comme le "Festival de Cannes", conçu certes dans une autre optique !

Il est lâchement assassiné par la milice de Darnand le 20 juin 1944 d'une rafale de mitraillette dans le dos ! Puis jeté dans un puit que ses assassins dynamiteront pour effacer toute trace... En vain !

Il convient ici de rendre hommage à la volonté et à l'action déterminée de Jean-Michel Quillardet et d'Avelino Vallé qui, en liaison avec les deux filles de l'impétrant, Mmes Hélène Mouchard-Zay et  Catherine Martin-Zay, voient aujourd'hui la réussite de leur volonté.

Et l'Education Populaire dont il fut un indéniable défenseur avec Léo Lagrange lui doit la reconnaissance de l'allié indéfectible.

 

Quatre mémoires aujourd'hui élevées au plus haut rang de la République, quatre vies où le service du pays prime sur les choix personnels, quatre existences qui nous indiquent aujourd'hui le risque de penser que l'on peut s'affranchir impunément des valeurs de la République et de sa devise.

 

La Liberté, celle de penser, de choisir son mode de vie, de croire ou de ne oas croire. Celle des peuples à s'autodéterminer.

L'Egalité, celle de l'homme et de la femme, celle de l'accès de tous aux services publics, celle des citoyens, quelles que soient leurs origines.

La Fraternité, celle qui réunit dans une même communauté, la communauté nationale, toutes celles et tous ceux qui acceptent la même loi, qui fondent leur mode de vie sur le "Vivre Ensemble", loin des communautarismes.

 

 

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20 février 2014 4 20 /02 /février /2014 07:11

Quand ils sont venus chercher les communistes,
je n'ai rien dit,
je n'étais pas communiste
Quand ils sont venus chercher les syndicalistes,
je n'ai rien dit,
je n'étais pas  syndicaliste
Quand ils sont venus chercher les juifs,
je n'ai rien dit,
je n'étais pas juif
Quand ils sont venus chercher les catholiques,
je n'ai rien dit,
je n'étais pas catholique.
Et, puis ils sont venus me chercher.
Et il ne restait plus personne pour protester.

Pasteur Martin Niemoller (1892-1984), Dachau 1942

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1 janvier 2014 3 01 /01 /janvier /2014 08:48

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 A tous les médocains et médocaines, à tous mes amis, je vous souhaite une bonne année 2014 sous les valeurs de notre république:

Liberté, Egalité, Fraternité et Laïcité 

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10 juin 2013 1 10 /06 /juin /2013 07:39

Publié le 9 juin 2013 par 

Voici un texte que m’a transmis mon ami Guy Georges, ancien secrétaire national du Syndicat national des Instituteurs… sur un sujet d’actualité ! 

Pendant cinq mois, une mobilisation conséquente de citoyens (et d’enfants) a eu comme mobile leur opposition au projet, puis à la loi, du « mariage pour tous ».
Cette mobilisation a eu comme animateurs des militants affirmés de l’église Catholique, celle-ci s’engageant dès le début, y compris avec des arguments outranciers (Cardinaux Barbarin, Vingt Trois, notamment)
Cette mobilisation avait un sens avant le vote de la loi( chacun est libre, y compris un mouvement religieux, d’affirmer ses convictions avant le vote d’une loi). Elle en a pris un autre le 26 mai alors que la loi, votée par le Parlement, admise par le Conseil Constitutionnel, était promulguée. Quelle signification?
Deuxième interrogation. Comment l’église Catholique a-t-elle pu faire « monter » à Paris , à plusieurs reprises, des foules impressionnantes? ( deux moments ont permis d’en estimer le niveau, avec le plus d’exactitude possible,  » le rassemblement statique » avenue de la Grande Armée et celui du 26 mai, esplanade des Invalides. Avec les prises de vues télévisées, un plan de Paris, il était aisé par un calcul élémentaire de donner un ordre de grandeur le plus approché de la réalité: environ 4 à 500 000 participants. C’est incontestablement un succès
I) L’Église Catholique a donc démontré avec force qu’elle peut s’opposer à la loi commune. C’est la première application – un test réussi – de sa définition de la « liberté religieuse ».
Rappel : cette expression n’a pas d’existence juridique nationale ou internationale. Elle fut réinventée par le Concile Vatican II et décrite dans la déclaration « Dignitatis humanae » (décembre 1965) comme le « droit de la personne et des communautés à la liberté sociale et civile en matière religieuse ».
Sa définition : »cette liberté consiste en ce que tous les hommes doivent être soustraits à toute contrainte de la part soit des individus soit des groupes sociaux et de quelque pouvoir humain que ce soit, de telle sorte qu’en matière religieuse nul ne soit forcé d’agir contre sa conscience en public comme en privé »
Son application : « les actes religieux par lesquels, en privé et publiquement, l’homme s’ordonne à Dieu transcendent l’ordre terrestre et temporel des choses »
Donc l’Église Catholique, au nom de la liberté religieuse, peut « légitimement », s’opposer à la loi commune (l’ordre temporel). Ce que le Pape Benoît XVI rappela en 2011: »la liberté religieuse est le sommet de toutes les libertés ».
II) Comment l’Église Catholique a-t-elle réussi à rassembler aussi fortement sur un mot d’ordre de refus de la loi? Où est sa « force de frappe »?
L’UMP a pris parti en 2011 pour la « liberté religieuse » avec un zèle de néophyte ( colloque sur la liberté religieuse en avril – circulaire Guéant en mai – association de cette « liberté » dans tous ses documents-programmes, dont l’enseignement) S’il est probable que la quasi-totalité des manifestants votent pour ce parti, il est peu probable que celui-ci ait été la cheville ouvrière (on a surtout perçu ses divisions internes), d’où cet appel de M. Copé à leur endroit d’adhérer à son parti.
Les prêches dominicaux comme jadis ? De moins en moins de pratiquants dans les églises et pénurie de desservants.
Les mouvements sociaux de l’Église (JOC, JAC, JEC)? On ne les a guère entendus…Les organismes extrémistes comme CIVITAS? Plutôt dissuasifs
Reste un réseau, celui des établissements d’enseignement privés
Celui-ci a déjà fait ses preuves en juin 1984. Il était le noyau de la « mobilisation » sous le nom de « Mobapel ». A partir d’un slogan mensonger ( « défendre la liberté de l’enseignement », qui n’était pas menacée) les associations de parents (APEL) avaient consigne d’affréter des cars et y faire monter le maximum de parents d’élèves…Et gare aux récalcitrants !
Un document atteste de l’initiative présente de ce réseau. Après avoir rappelé que « l’enseignement catholique est en désaccord avec une évolution législative ouvrant le mariage et la parentalité aux couples homosexuels » un « communiqué » du Secrétariat Général de l’Enseignement Catholique, daté du 14 décembre 2012 et adressé à tous les directeurs diocésains de l’enseignement privé catholique se terminait ainsi: 
« L’enseignement catholique appelle chaque membre des communautés éducatives des 8 500 écoles catholiques à prendre part, en conscience et avec clairvoyance, au débat qui doit enfin s’ouvrir ».
C’était clair, contraire aux dispositions du code de l’éducation pour ces établissements sous contrat. Mais on n’y est plus à cela près. Le ministre fit les gros yeux et apparemment, les ferma (il ne semble pas que les corps d’inspection soient allé contrôler ce qu’il se passait dans ces établissements, comme le Code lui en fait obligation..
La communauté éducative, ce sont les parents, les élèves et les enseignants. Il y a une quinzaine d’années, le recrutement de ceux-ci était assez ouvert, et l’épiscopat s’inquiétait d’une banalisation de son enseignement privé. Aujourd’hui, la formation, liée au recrutement, est bien verrouillée. L’une et l’autre sont tributaires de la tutelle de l’Église, comme en témoignent la « charte de la formation de l’enseignement Catholique » et « l’accord collégial », engagement dont dépend le recrutement auquel le futur enseignant n’a pas intérêt à essayer de se soustraire(1) De même, c’eût été pour lui vraisemblablement prendre de gros risques professionnels que de renâcler à obtempérer le 26 mai.
Faut-il rappeler que ces établissements, fers de lance probables de l’opposition à la loi, sont entièrement financés par l’impôt de tous (plus de 7 milliards d’euros par an), formation des personnels comprise?
Faut-il rappeler qu’ils transgressent avec impudence les modalités et obligations liées à la passation de contrats avec l’État, fixées par le code de l’éducation, c’est à dire la loi?
L’église catholique est même devenue arrogante. En témoigne le « nouveau statut de l’école catholique » adopté le 18 avril dernier par la Conférence des Évêques de France (1)
Le Code de l’éducation stipule que les établissements sous contrat doivent enseigner les programmes officiels, respecter la liberté de conscience des élèves et des enseignants, et sont soumis au contrôle de l’État? La belle affaire! La « liberté religieuse » est au-dessus de tout cela.
Réponse des évêques : « L’école catholique ne se situe pas sur une « ligne de crête » inconfortable entre mission publique et mission d’église; elle naît au coeur de l’Église qui la met à la disposition de la société » (document de la Conférence des Évêques daté du 23 avril 2013) Rappelons-nous qu’il y a quelques décennies, elle justifiait son financement par l’État parce qu’elle « remplissait une mission de service public » ! Et le Cardinal Vingt Trois d’enfoncer le clou: « Nous n’avons pas fait la réforme des statuts de l’enseignement privé, mais la réforme de l’enseignement catholique. Il est d’abord confessionnel. Il a donc un caractère ecclésial »
Qu’attendent donc les autres religions pour en faire autant? J’entends déjà les lycées musulmans Averroès ou Al Kindy affirmer:« notre enseignement est d’abord confessionnel; il a donc un caractère ecclésial »

Pourquoi se gêner? L’État-tirelire ne bronche pas et paie…

Guy Georges
7/06/2013
(1) Ces orientations sont reprises dans le « nouveau statut de l’enseignement catholique »; la tutelle des Évêques étant simplement renforcée et directe

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5 décembre 2012 3 05 /12 /décembre /2012 07:49
J'ai toujours considéré que la question sociale devait être la priorité des priorités et qu'aujourd'hui comme hier il fallait se mobilise contre l'exclusion , contre la misère et pour que chacun et chacune puisse disposer d'un toit et d'un revenu lui permettant de vivre.

Pour moi, la loi en préparation pour le mariage pour tous est comme celles de 1967 , de 1974 des textes qui ne sont que les traductions de l'évolution de la société pour faire vivre l'égalité des droits.

C'est de la responsabilité de la représentation nationale de voter une telle loi conforme aux promesses du candidat Hollande, devenu président de la République et de l'aspiration de centaines de milliers de couples.

La droite a décidé de se refaire une santé en agitant le chiffon rouge et en participant aux manifestations organisées par les associations cultuelles et la hiérarchie catholique secondée par quelques islamistes

Il est utile et nécessaire de rappeler à ces quelques progressistes qui joignent leurs pieds à ceux qui défilent contre le mariage pour tous la nature même du combat des nouveaux croisés de la défense de la famille traditionnelle :

"Aujourd'hui une nouvelle loi pour l'égalité des droits nous est proposée par les Ministres Taubira-Bertinotti. Les laïques sont partie prenante de ce combat dans la continuité historique qui est la leur ! Le 20 septembre 1792, les députés de l'Assemblée Nationale laïcisent l'état civil, font du mariage un contrat civil qui peut être rompu à la demande de l'un des deux époux par consentement mutuel. La Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen est passée par là : le bonheur de l'individu, l'idéal de liberté et d'égalité fracture jusqu'à nos jours (mariage des personnes de même sexe compris) la société française et l'échiquier politique depuis plus de deux siècles !

Les conservateurs souvent catholiques voient dans la famille la brique de base de la société ; ils revendiquent souvent une famille autoritaire, hiérarchisée, école du sacrifice et de la morale. Les grandes lois d'émancipation à la fin du XIXe siècle y compris dans le champ de la famille se sont faites contre eux après des batailles parlementaires acharnées : loi en faveur des droits du conjoint survivant (1891) ; libre disposition du salaire de la femme mariée (1907-1913) ; bataille à nouveau pour le divorce (1881-1911) qui est indissociable de la mise en place de la République et de la laïcisation de l'État et la loi sur la protection de l'enfance et la déchéance paternelle (1889) déchaîne les passions et les anathèmes.

On retrouve aujourd'hui au mot près chez ces croisés les mêmes arguments contre le mariage des personnes de même sexe ! Les mêmes qui avaient violemment combattu le PACS il y a 13 ans ; les mêmes qui ont combattu l'égalité homme-femme, combattu la loi Neuwirth (1867), la loi Weil (1974) mais aussi toutes les lois visant à maîtriser la contraception ou tout simplement à informer ..."

Avec la complicité de Jean-François Chalot

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